Ode aux confessions nocturnes. Acte I

Une chose indescriptible enveloppe tes mots. Elle chuchote aux narines d’aller à la conquête des provenances. Quelque part à la lisière du ventre et du thorax, du cou et des lèvres, émane une voix fière et mielleuse. La chaire s’en souviendra du souffle qui l’a tenté entre une confession et un vers murmuré.tumblr_p8d5r0osGy1w96bmbo1_500

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Ode aux confessions nocturnes. Acte I

Sans titre

Un arbre perché sur un nuage blanc

Blanc comme un nuage d’été

Des racines aimantées

Se bousculent

Pour échapper au nord, au sud

Aux montres déboussolées

Les feuilles tremblent

Au passage des vagues d’oiseaux fuyant le volcan

Les enfants errants de la guerre

Et les chats de la voisine

Qui avaient perdu la foie

Les racines aimantées ne peuvent se retrouver

Ni s’enlacer

Elles se dénouent,

Les bouts regardant la terre

Qui accueille les feuilles

Par milliers

Cornescorchees

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Sans titre

Une décharge et une métrique

Chier les peines enneigées

Pleurer les rires d’antan

Baver son ignorance et la ravaler,

Pisser le placenta de ses pensées stériles

Brouter, péter,

Ronfler, un mucus vibre et s’en rappelle

De cette image du présent froide comme le bout du nez

Roter la dansante odeur d’une phrase indigeste, insipide

Refluer, tousser

Le corps s’excavant

La substance de l’oubli

[cornescorchees­]

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Une décharge et une métrique

L’appel de la mer ou l’existence nue

Il a fallu regarder les lointaines étincelles d’une eau cristalline dessiner l’horizon, s’allonger sur une colline de Sidi Mansour pour aimer l’existence nue. Ce moment insignifiant, dégarni des parements de la vie, de ses anecdotes peuplées, de sa cohue événementielle, revient parfois, dissipe la fadeur de quelques quotidiens remplis, interminables. Ton amour m’échappe et me revient impuissant et impatient. Avide de ta présence, il devient fou, galopant dans mes entrailles, m’arrachant à moi même pour le ravaler, le contenir, lui faire oublier ton être, et son échec. Mon écriture et ses pas indécis n’ont pu ni le rattraper, ni le trouver à travers les mots dans les chemins de son errance. Seul l’appel de la mer, dans ce souvenir bref, m’emporte hors de toi. [cornescorchees­]

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L’appel de la mer ou l’existence nue

Le tantale sur échassiers de corail

Il regarda son miroir intérieur, celui qui loge entre les souvenirs et l’entendement. Il voyait sa surface dégarnie. Des formes reflétaient des espaces familiers, un peu trop. Il reconnut son ex-conscience par sa valse chaloupée. Elle se voulait envol, prestance et silence de marabout déserté. En vain. Il voyait les amours qui se sont pétris enfantant une boule de nacre, une deuxième, une troisième, un chapelet défait, sous les pieds d’un funambule et un conteur ivre mort. Aujourd’hui, un jour révolu, un jour de défaite, un jour avant le jour du départ, de la fuite, il s’est rappelé en fixant le coin animé du miroir son inadvertance. Il voulut atteindre ton élégance monsieur. Il a quitté son cirque pour te retrouver, avait honte des décors naïfs de sa roulotte, s’est perdu en route. Tu as vu ses pensées villageoises, ses limites, tu l’as ignoré. Il ne t’en veut pas, il te veut encore et encore, toujours, un jour il t’aura ou te violera. Il était échassier, tu étais instruis, drôle, fortuné, d’un charme discret. Bref, magnifique. Mais tu ne pouvais atteindre sa cheville, ses tiges étaient longues, très longues. Elles étaient aussi fragiles, humides, faites de corail, il était comme tous les gens de la mer gracieux, con et généreux. Il savait que tu es près de tes sous comme tous les vieux mais il t’aimait quand même. Il était chichement informé sur ton monde, il ne voulait pas faire cet effort, en contre partie il acceptait, sourire au coin des lèvres, ton avarice. Il était con, il croyait que les hommes étaient comme les éléments de la mer. Il s’engloutissait timidement mais surement entre tes cuisses, sous ton menton et dans quelques autres territoires charnus. Il pensait pour deux êtres, rochers et vagues s’écrasant en douceur. Aucun cérémonial ne précède la rencontre des éléments de la mer, aucune socialité ne devait précéder un vestibule noirci par des cigarettes intellectuelles surpris par une langue indisciplinée. L’Homme perché sur ses échassiers de corail était ambitieux en amour et peu soucieux de son avenir, de son image… il a cessé de planifier une descendance digne, une retraite paisible au bord de la mer, il voulait d’abord avancer sur les rivages de tes bras, de ton buste fier, caché par des couches de vêtements sobres. Il devinait un buste hérissé de poils, certains étaient gris, d’autres se rappellent encore de la vigueur des doigts endiablés de passion. Il s’est promis de les arracher, effacer leurs souvenirs, reconstruire la mémoire désirante des peaux bien garnies…[cornescorchees­]

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Le tantale sur échassiers de corail

Le copiste, l’universitaire et le roux

Le livre lui racontait lentement et avec des détails parfois ennuyeux l’histoire d’un homme qui faisait des économies pour s’acheter un nouveau manteau. Elle ne savait pas si c’est le sentiment de froid qu’invoquaient les lignes sur les ruelles de St Petersbourg ou la condition de cet homme qui lui rappelait le rêche de ses mains blanches, très blanches. Les mains d’un roux. Elle ne s’y attendait pas, ou presque, ses mains déchainées dégageaient le jean inconfortable, enveloppaient ses fesses qu’il touchait des yeux à chaque fois qu’elle partait pisser. Elle avait des yeux en arrière comme toutes les femmes qui se réconfortent par les regards appétés, presque discrets. D’une ardeur qui égalait son babillard fou sur le pourquoi de ses habitudes parcimonieuses, il lui pétrifiait les bourrelets d’un ventre qui ne regarde pas sur les dépenses. Il était aussi ennuyeux que ce livre, il répétait les mêmes blagues, les mêmes histoires misogynes. Il était un personnage secondaire dans une tragédie qui vire en une série d’histoires de misère ordinaire, en une série de désillusions. Elle a laissé tombé le livre, ne pouvant supporter les événements insignifiants de la vie du copiste russe qui attendait son manteau comme son quotidien impatient de se faire prendre par une heureuse nouvelle. Avant, l‘avenir se faisait sentir dans les grandes occasions. Un examen important, la mort de son frère, la naissance de son neveu. Ces cinq dernières années le temps lui provoquait des hallucinations visuelles, à vrai dire elle voyait partout ses prochains ravages. Qu’elle se retourne ou regarde en avant, un avenir morose et écrasant habitait même l’espace de ses divagations quelconques. Son compagnon de mésaventure s’est révélé, il y a deux semaines, sous un visage nouveau. Un homme aux petits soins qui se réinventait dans chaque mot. Un personnage délicat qui faisait des rendez-vous clandestins des belles échappées temporelles. Il volait à l’espace omniprésent de l’angoisse des samedis et quelques autres petites minutes d’échanges numériques courtois. Cette relation passagère, il a fallut lui faire place, l’accepter comme placebo, comme un chapitre qui crée l’oubli en saturant la mémoire par des anecdotes insignifiantes. Un jour, le personnage principal est réapparu comme une chimère qui avance dans un brouillard matinal, qui resplendit par des filets de lumières puissants. Il lui fit signe de se rencontrer. Le petit roux n’a plus aucun effet, les réminiscences ont vaincu l’amnésie artificielle. Et l’esprit partait dans tous les sens chercher dans les souvenirs un mot ou un geste parlant. Cette propension de l’amour à percevoir des indices là où aucun signe ne peut irradier l’a replonge à chaque fois dans ses délires d’une vie à deux. Elle ne voyait plus les deux cent mille million raisons sociales qui entravaient cet amour, à deux pas de chez elle mais si hermétique, si malheureux. Comment a t-elle pu être sure qu’il se bricole une vie en apparence confortable et au fond aussi désertique que son compte bancaire et son parcours professionnel ? Toutes les hallucinations l’aidaient à fabriquer sa sortie de secours, l’espoir de retourner là où elle pouvait lui voler sa jeunesse, sa beauté, aujourd’hui ternie par les années, les déceptions et les longs couloirs austères et froids de l’université. Il y a ses images-placebos, sur mesures, qui lui fabriquent un irraisonnable espoir. Il y a l’écriture boiteuse qui essaime son ennuie dans des textes placides sans aucune originalité. Il y a l’indifférence, les choses nouvelles inintéressantes et les lectures abandonnées. Et il y a l’oubli qui a pris en main sa conscience paresseuse jusqu’aux portes de la quotidienneté, le refuge de son corps. [cornescorchees­]

Le copiste, l’universitaire et le roux

Sans rancunes

La joie de vivre est une expression plus ponctuelle, plus proche de l’humain que ces termes hautins, totalisants, bref éthiques, j’en citerais quelques uns, les autres se reconnaitront

 

Mots élitistes, sans rancunes

Gadgets des philosophes ennuyeux

Dieux du dictionnaire

Restez-y

Flottez entre les pages

Restez dans les placards de la pensée

L’esprit vous a chassé

Amour, bonheur et autres fioritures du ravissement

Portez vous bien dans les projets des ambitieux, dans la tour d’ivoire des gens heureux

[cornescorchees]

Titre: Synapses
Agostino Arrivabene
Sans rancunes