Une décharge et une métrique

Chier les peines enneigées

Pleurer les rires d’antan

Baver son ignorance et la ravaler,

Pisser le placenta de ses pensées stériles

Brouter, péter,

Ronfler, un mucus vibre et s’en rappelle

De cette image du présent froide comme le bout du nez

Roter la dansante odeur d’une phrase indigeste, insipide

Refluer, tousser

Le corps s’excavant

La substance de l’oubli

[cornescorchees­]

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Une décharge et une métrique

L’appel de la mer ou l’existence nue

Il a fallu regarder les lointaines étincelles d’une eau cristalline dessiner l’horizon, s’allonger sur une colline de Sidi Mansour pour aimer l’existence nue. Ce moment insignifiant, dégarni des parements de la vie, de ses anecdotes peuplées, de sa cohue événementielle, revient parfois, dissipe la fadeur de quelques quotidiens remplis, interminables. Ton amour m’échappe et me revient impuissant et impatient. Avide de ta présence, il devient fou, galopant dans mes entrailles, m’arrachant à moi même pour le ravaler, le contenir, lui faire oublier ton être, et son échec. Mon écriture et ses pas indécis n’ont pu ni le rattraper, ni le trouver à travers les mots dans les chemins de son errance. Seul l’appel de la mer, dans ce souvenir bref, m’emporte hors de toi. [cornescorchees­]

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L’appel de la mer ou l’existence nue

Le tantale sur échassiers de corail

Il regarda son miroir intérieur, celui qui loge entre les souvenirs et l’entendement. Il voyait sa surface dégarnie. Des formes reflétaient des espaces familiers, un peu trop. Il reconnut son ex-conscience par sa valse chaloupée. Elle se voulait envol, prestance et silence de marabout déserté. En vain. Il voyait les amours qui se sont pétris enfantant une boule de nacre, une deuxième, une troisième, un chapelet défait, sous les pieds d’un funambule et un conteur ivre mort. Aujourd’hui, un jour révolu, un jour de défaite, un jour avant le jour du départ, de la fuite, il s’est rappelé en fixant le coin animé du miroir son inadvertance. Il voulut atteindre ton élégance monsieur. Il a quitté son cirque pour te retrouver, avait honte des décors naïfs de sa roulotte, s’est perdu en route. Tu as vu ses pensées villageoises, ses limites, tu l’as ignoré. Il ne t’en veut pas, il te veut encore et encore, toujours, un jour il t’aura ou te violera. Il était échassier, tu étais instruis, drôle, fortuné, d’un charme discret. Bref, magnifique. Mais tu ne pouvais atteindre sa cheville, ses tiges étaient longues, très longues. Elles étaient aussi fragiles, humides, faites de corail, il était comme tous les gens de la mer gracieux, con et généreux. Il savait que tu es près de tes sous comme tous les vieux mais il t’aimait quand même. Il était chichement informé sur ton monde, il ne voulait pas faire cet effort, en contre partie il acceptait, sourire au coin des lèvres, ton avarice. Il était con, il croyait que les hommes étaient comme les éléments de la mer. Il s’engloutissait timidement mais surement entre tes cuisses, sous ton menton et dans quelques autres territoires charnus. Il pensait pour deux êtres, rochers et vagues s’écrasant en douceur. Aucun cérémonial ne précède la rencontre des éléments de la mer, aucune socialité ne devait précéder un vestibule noirci par des cigarettes intellectuelles surpris par une langue indisciplinée. L’Homme perché sur ses échassiers de corail était ambitieux en amour et peu soucieux de son avenir, de son image… il a cessé de planifier une descendance digne, une retraite paisible au bord de la mer, il voulait d’abord avancer sur les rivages de tes bras, de ton buste fier, caché par des couches de vêtements sobres. Il devinait un buste hérissé de poils, certains étaient gris, d’autres se rappellent encore de la vigueur des doigts endiablés de passion. Il s’est promis de les arracher, effacer leurs souvenirs, reconstruire la mémoire désirante des peaux bien garnies…[cornescorchees­]

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Le tantale sur échassiers de corail

Le copiste, l’universitaire et le roux

Le livre lui racontait lentement et avec des détails parfois ennuyeux l’histoire d’un homme qui faisait des économies pour s’acheter un nouveau manteau. Elle ne savait pas si c’est le sentiment de froid qu’invoquaient les lignes sur les ruelles de St Petersbourg ou la condition de cet homme qui lui rappelait le rêche de ses mains blanches, très blanches. Les mains d’un roux. Elle ne s’y attendait pas, ou presque, ses mains déchainées dégageaient le jean inconfortable, enveloppaient ses fesses qu’il touchait des yeux à chaque fois qu’elle partait pisser. Elle avait des yeux en arrière comme toutes les femmes qui se réconfortent par les regards appétés, presque discrets. D’une ardeur qui égalait son babillard fou sur le pourquoi de ses habitudes parcimonieuses, il lui pétrifiait les bourrelets d’un ventre qui ne regarde pas sur les dépenses. Il était aussi ennuyeux que ce livre, il répétait les mêmes blagues, les mêmes histoires misogynes. Il était un personnage secondaire dans une tragédie qui vire en une série d’histoires de misère ordinaire, en une série de désillusions. Elle a laissé tombé le livre, ne pouvant supporter les événements insignifiants de la vie du copiste russe qui attendait son manteau comme son quotidien impatient de se faire prendre par une heureuse nouvelle. Avant, l‘avenir se faisait sentir dans les grandes occasions. Un examen important, la mort de son frère, la naissance de son neveu. Ces cinq dernières années le temps lui provoquait des hallucinations visuelles, à vrai dire elle voyait partout ses prochains ravages. Qu’elle se retourne ou regarde en avant, un avenir morose et écrasant habitait même l’espace de ses divagations quelconques. Son compagnon de mésaventure s’est révélé, il y a deux semaines, sous un visage nouveau. Un homme aux petits soins qui se réinventait dans chaque mot. Un personnage délicat qui faisait des rendez-vous clandestins des belles échappées temporelles. Il volait à l’espace omniprésent de l’angoisse des samedis et quelques autres petites minutes d’échanges numériques courtois. Cette relation passagère, il a fallut lui faire place, l’accepter comme placebo, comme un chapitre qui crée l’oubli en saturant la mémoire par des anecdotes insignifiantes. Un jour, le personnage principal est réapparu comme une chimère qui avance dans un brouillard matinal, qui resplendit par des filets de lumières puissants. Il lui fit signe de se rencontrer. Le petit roux n’a plus aucun effet, les réminiscences ont vaincu l’amnésie artificielle. Et l’esprit partait dans tous les sens chercher dans les souvenirs un mot ou un geste parlant. Cette propension de l’amour à percevoir des indices là où aucun signe ne peut irradier l’a replonge à chaque fois dans ses délires d’une vie à deux. Elle ne voyait plus les deux cent mille million raisons sociales qui entravaient cet amour, à deux pas de chez elle mais si hermétique, si malheureux. Comment a t-elle pu être sure qu’il se bricole une vie en apparence confortable et au fond aussi désertique que son compte bancaire et son parcours professionnel ? Toutes les hallucinations l’aidaient à fabriquer sa sortie de secours, l’espoir de retourner là où elle pouvait lui voler sa jeunesse, sa beauté, aujourd’hui ternie par les années, les déceptions et les longs couloirs austères et froids de l’université. Il y a ses images-placebos, sur mesures, qui lui fabriquent un irraisonnable espoir. Il y a l’écriture boiteuse qui essaime son ennuie dans des textes placides sans aucune originalité. Il y a l’indifférence, les choses nouvelles inintéressantes et les lectures abandonnées. Et il y a l’oubli qui a pris en main sa conscience paresseuse jusqu’aux portes de la quotidienneté, le refuge de son corps. [cornescorchees­]

Le copiste, l’universitaire et le roux

Sans rancunes

La joie de vivre est une expression plus ponctuelle, plus proche de l’humain que ces termes hautins, totalisants, bref éthiques, j’en citerais quelques uns, les autres se reconnaitront

 

Mots élitistes, sans rancunes

Gadgets des philosophes ennuyeux

Dieux du dictionnaire

Restez-y

Flottez entre les pages

Restez dans les placards de la pensée

L’esprit vous a chassé

Amour, bonheur et autres fioritures du ravissement

Portez vous bien dans les projets des ambitieux, dans la tour d’ivoire des gens heureux

[cornescorchees]

Titre: Synapses
Agostino Arrivabene
Sans rancunes

Le temps des siestes grenadines, le temps de l’écriture sacrificielle

Toutes les banlieues du monde. Toutes les banlieues du monde, sont elles plongées dans une vacance éternelle ? Elle longeait le fleuve St Laurent, regardait la même carte postale poussiéreuse, le vent qui se lève de temps en temps pour emporter les feuilles en direction de l’eau. Parviendront-elles à joindre un autre temps ? Auront-elles un autre destin que celui de s’endimancher par Longueuil jusqu’à désintégration ? Peu importe, elle voulait tant disparaître dans cette feuille couleur grenadine et fuir cette tranquillité dominicale, cette impression de vivre un présent éternel, intenable. L’envers du bruit sourd des immeubles, du terminus et des échangeurs de la rive sud, les tourments d’un esprit tiré par la force gravitationnelle de la nostalgie, d’un passé insouciant, et d’un homme qui habite l’autre bord. Les âmes aux prises des filets d’une autre existence ne connaissent que les sentiments confus et l’indomptable élan du désir. Le désir insatiable et désireux comme les regrettables souvenirs de percevoir les ululements des temps heureux.

Les rues animées de Montréal se taisent quand l’esprit part à sa recherche. Elle aurait bien aimé entendre ce tumulte mêlé à sa respiration, à sa voix susurrant dans sa chevelure. Entendre le frôlement des peaux se perdre dans le bruissement des feuilles terre de sienne du parc Lafontaine. S’entendre, elle, ce cliché du sud, cette feuille transportée aux grés des sifflements automnaux crépiter sous quatre pieds nus. Mourir, pétiller en mille morceaux sous l’entéléchie du corps à corps ou vivre dans un cercueil en fer et en verre d’un immeuble banlieusard. Mourir ou tuer l’ennui par les siestes, les projets ratés, tuer l’ennui par l’habitude, lui faire avaler sa langue ou rebrousser chemin. Comme un cauchemar qui se raconte et bégaye.

Elle voulait voir son devenir monstre son corps envahissant secoué par l’appétit pénétrant ses muqueuses, se voir cadavre livré comme l’Ophélie de Millet, à l’oubli, à la mélancolie. Acceptera t-il de rejouer ses rêveries nécrophiles ? Croira t-il aux versets de son poète ? Comprendra t-il que son « être le plus profond c’est moi » ? J’accepterais les fanges de l’adultère et du déshonneur. Elle voulait écraser ses épaules frêles pas son bassin d’orientale dans un coin inaperçu du jardin des délices de Bosch.

Je désertais le bataillon des amis et de la conjugalité. Je m’adonnais à notre solitude comme un saint soufi avec sa folie. La langueur de la solitude épuisait mon âme, la retenait quand elle voulait te joindre, la retenait entre nos corps, faisait d’elle le logis d’un sentiment torrentiel. Un sentiment suspendu entre tes visages fatigués et mon insatiable imagination. Ma tête ou le tombeau des revenants, l’azur méditerranéen, l’odeur fumant de la cafetière Bialetti lovant la voix de ma mère, la ligne de ton crâne, les pas traînants dans le long couloir de mon enfance, les mots rassurants de mon père. Le bas de ton dos quand tu partais. Ta figure s’échappe, s’abîme dans les images de guerre à la porte de mon pays, dans les paroles écrasantes. Aujourd’hui, ton silence, ton indifférence m’ont affaibli. Aujourd’hui, le temps des siestes grenadines est le temps de l’écriture sacrificielle. [cornescorchees­]

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Verónica Losantos

 

Le temps des siestes grenadines, le temps de l’écriture sacrificielle

Ontologiquement sans commune mesure

Il attendait la réponse d’une personne à qui il n’a jamais posé de questions. Il pensait que son autre être, qui ne pouvant plus supporter sa substance allait à la recherche de celle de cette personne qui affilait les appétitions, lui, savait enclencher des paroles sans raisons. Mais cet être, désormais errant ne savait quoi faire sinon envoyer des signes édulcorants. Meurtri par la défaite, il restait en suspension. Il ne pouvait regagner son corps avant de lui rendre réponse, un « je te veux » fracassant murmuré entre quatre épaules et deux cous livrés à la déraison. Il restait entre les deux comme la lumière d’un astre disparu, désagrégé en mille cailloux insignifiants. L’être en question est ontologiquement incapable de s’identifier ni à l’un ni à l’autre, il est l’un et l’autre et un désir grandissant.[cornescorchees­]

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Felix Hemme
Ontologiquement sans commune mesure