Dans le troisième wagon deuxième classe

Acrylique, stylo et encre sur carton. 2010.
Acrylique, stylo et encre sur carton. 2010.hh

Sur la vitre écaillée deux bêtes se battaient. Des corps à corps se renversaient à la vitesse d’un train de banlieue. La chair enviée se perdait dans les arbres, les murs, les nuages et les candélabres que la vitre à chaque passage engloutissait. Les tripes en spasme. Le plastique décollé gigotait. Et le pincement, qui les resserrait, augmentait avec le désir que les morceaux de chair attrapés, mordus, griffés, léchés, aspirés lui donnaient mille et une teneur. Les essieux se sont faits entendre, il fallait ramasser le bout de plastique qui a lâché au dernier coup de frein se trouvant sur la cuisse, sur le reflet des dernières roulées. Il a fallu aussi oublier pour retrouver d’autres visions et une lucidité pour traverser la rue qui regarde le troisième wagon deuxième classe.

[cornescorchees­]

Dans le troisième wagon deuxième classe

Quintus, par deux

Mushroom-Furniture-closeup-mycelium

Déracinée,

Arrachée de toi

Par le corps

Par la distance

Par un moi aux hyphes venimeuses

Un alambic qui verse ses larmes

Par moment

Pour l’ineffable pensée

Parfois déclinée, par la foi

Par l’inaccessible toi

Avoir foi en quoi ?

Sinon l’iode, le bleu de midi

La fleur d’oranger et son café

Et celui qui gît sous ma peau

Dans des images qui tombent dans mes yeux éveillés

Que reste t-il de ma patrie en moi ?

Que reste t-il de toi en moi ?

Que reste t-il de ma foi ou un accessible toi ?

Que reste t-il ? Que reste t-il ?

Sinon ce qui écume de mes amours errants

Toi et ma patrie dans un même songe

Dans les larmes de l’alambic

Dans la fleur d’oranger

Loin de mon venin

Loin de ma peau arrachée par deux

[cornescorchees­]

Quintus, par deux