Le temps des siestes grenadines

Il est un temps en Tunisie qu’on appelle le temps des siestes grenadines. On dit que les grenades mûrissent lorsque les après-midis d’automne retrouvent dans un geste de nostalgie les chaleurs estivales. Comme l’été indien. L’été tunisien ne part pas avant de rappeler ses couleurs caniculaires. Le soleil tape fort entre midi et quatre heures, les petits matins et les nuits se voilent d’humidité iodée. Pour s’installer, l’hiver prend le jour par ses extrémités. La chaleur lui résiste jusqu’au fond des mers. Les trompettes des midis d’octobre sont meilleures du côté de la banlieue sud de Tunis, les pins d’Alep du mont Ba’al Kornine envoient leurs odeurs sur les côtes. Les fragrances marines des siestes grenadines sont masculines. Elles embaument les corps du jour et emportent les âmes seules dans leurs sillages. [cornescorchees­]

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Le temps des siestes grenadines

Je me souviens d’un futur lointain

Je me souviens d’un futur lointain, j’habitais une capsule flottante dessinée par mes mains pour ondoyer sur les vagues de la méditerrané. Ce soir, j’avais l’impression d’avoir côtoyé le silence de l’éternité, d’avoir déréglé mon horloge pour aller chercher la délivrance de mes tourments dans un temps inexploré. Des images enfouies choisirent les coordonnées d’un lendemain et une plage. Le rêve leurs a donné le clapotis des roseaux de sable et une obscurité sans lune. Dans ce lieu j’aurais tendu une perche à un passé hostile pour lui dire qu’entre temps la vie a fini par nous oublier, que l’amour et les contretemps n’ont pas eu mes mains. Que les souvenirs qui reviennent de loin pour renaître dans la volonté d’avancer ont esquissé le désir de bonheur absolu, les contours d’une verrière qui dans le bleu profond de la nuit révèle par ses lumières les vagues. Les yeux de l’âme voyaient dans ces lueurs le foyer, la mer, la félicité. Une douce brulure m’a réveillé, je m’étais assoupie dans l’ombre d’une dune, le soleil m’a suivi, a embrasé l’épine de mon omoplate gauche. La mer était à quelques pas, muette, le mur du bungalow peint à la chaux écaillait sa dernière couche pour laisser parler la blancheur des rivages de Kélibia. L’oyat a protégé l’ellipse que j’avais tracé avant de m’endormir. Mon amphibie a pris forme dans la plage pour y revenir. Je me suis réveillée dans une torpeur partielle, mes yeux irrités me portaient vers le réveil, mon esprit désorienté par ses délires rejoint peu à peu l’immobilité de mon corps engourdi. Dans un bref moment de conscience j’ai compris que j’étais bercée entre de vagues souvenirs et une destinée. Dans ce présent incertain, morose, il faut prendre le temps de finaliser le projet de revenir à la mer. [cornescorchees­]

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Je me souviens d’un futur lointain

Avant de prendre le papier

Des soupirs glissés entre les lettres,

nul n’a entendu.

Des mots boiteux

trébuchent, se redressent

Dans le trou béant d’un regard fatigué

Dans les pénombres dessinées par le remord

Sur un visage

Dans la décrépitude

 

Une phrase haletante.

Menacée d’oubli avant d’être accouchée

sur le dos de la feuille.

Destinée au désaveu,

abandonnée.

Fallait-il qu’elle se délivre des lèvres apeurées

Fallait-il qu’elle parle avant de prendre le papier

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Avant de prendre le papier