Sans rancunes

La joie de vivre est une expression plus ponctuelle, plus proche de l’humain que ces termes hautins, totalisants, bref éthiques, j’en citerais quelques uns, les autres se reconnaitront

 

Mots élitistes, sans rancunes

Gadgets des philosophes ennuyeux

Dieux du dictionnaire

Restez-y

Flottez entre les pages

Restez dans les placards de la pensée

L’esprit vous a chassé

Amour, bonheur et autres fioritures du ravissement

Portez vous bien dans les projets des ambitieux, dans la tour d’ivoire des gens heureux

[cornescorchees]

Titre: Synapses
Agostino Arrivabene
Sans rancunes

Le temps des siestes grenadines, le temps de l’écriture sacrificielle

Toutes les banlieues du monde. Toutes les banlieues du monde, sont elles plongées dans une vacance éternelle ? Elle longeait le fleuve St Laurent, regardait la même carte postale poussiéreuse, le vent qui se lève de temps en temps pour emporter les feuilles en direction de l’eau. Parviendront-elles à joindre un autre temps ? Auront-elles un autre destin que celui de s’endimancher par Longueuil jusqu’à désintégration ? Peu importe, elle voulait tant disparaître dans cette feuille couleur grenadine et fuir cette tranquillité dominicale, cette impression de vivre un présent éternel, intenable. L’envers du bruit sourd des immeubles, du terminus et des échangeurs de la rive sud, les tourments d’un esprit tiré par la force gravitationnelle de la nostalgie, d’un passé insouciant, et d’un homme qui habite l’autre bord. Les âmes aux prises des filets d’une autre existence ne connaissent que les sentiments confus et l’indomptable élan du désir. Le désir insatiable et désireux comme les regrettables souvenirs de percevoir les ululements des temps heureux.

Les rues animées de Montréal se taisent quand l’esprit part à sa recherche. Elle aurait bien aimé entendre ce tumulte mêlé à sa respiration, à sa voix susurrant dans sa chevelure. Entendre le frôlement des peaux se perdre dans le bruissement des feuilles terre de sienne du parc Lafontaine. S’entendre, elle, ce cliché du sud, cette feuille transportée aux grés des sifflements automnaux crépiter sous quatre pieds nus. Mourir, pétiller en mille morceaux sous l’entéléchie du corps à corps ou vivre dans un cercueil en fer et en verre d’un immeuble banlieusard. Mourir ou tuer l’ennui par les siestes, les projets ratés, tuer l’ennui par l’habitude, lui faire avaler sa langue ou rebrousser chemin. Comme un cauchemar qui se raconte et bégaye.

Elle voulait voir son devenir monstre son corps envahissant secoué par l’appétit pénétrant ses muqueuses, se voir cadavre livré comme l’Ophélie de Millet, à l’oubli, à la mélancolie. Acceptera t-il de rejouer ses rêveries nécrophiles ? Croira t-il aux versets de son poète ? Comprendra t-il que son « être le plus profond c’est moi » ? J’accepterais les fanges de l’adultère et du déshonneur. Elle voulait écraser ses épaules frêles pas son bassin d’orientale dans un coin inaperçu du jardin des délices de Bosch.

Je désertais le bataillon des amis et de la conjugalité. Je m’adonnais à notre solitude comme un saint soufi avec sa folie. La langueur de la solitude épuisait mon âme, la retenait quand elle voulait te joindre, la retenait entre nos corps, faisait d’elle le logis d’un sentiment torrentiel. Un sentiment suspendu entre tes visages fatigués et mon insatiable imagination. Ma tête ou le tombeau des revenants, l’azur méditerranéen, l’odeur fumant de la cafetière Bialetti lovant la voix de ma mère, la ligne de ton crâne, les pas traînants dans le long couloir de mon enfance, les mots rassurants de mon père. Le bas de ton dos quand tu partais. Ta figure s’échappe, s’abîme dans les images de guerre à la porte de mon pays, dans les paroles écrasantes. Aujourd’hui, ton silence, ton indifférence m’ont affaibli. Aujourd’hui, le temps des siestes grenadines est le temps de l’écriture sacrificielle. [cornescorchees­]

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Verónica Losantos

 

Le temps des siestes grenadines, le temps de l’écriture sacrificielle