Le tantale sur échassiers de corail

Il regarda son miroir intérieur, celui qui loge entre les souvenirs et l’entendement. Il voyait sa surface dégarnie. Des formes reflétaient des espaces familiers, un peu trop. Il reconnut son ex-conscience par sa valse chaloupée. Elle se voulait envol, prestance et silence de marabout déserté. En vain. Il voyait les amours qui se sont pétris enfantant une boule de nacre, une deuxième, une troisième, un chapelet défait, sous les pieds d’un funambule et un conteur ivre mort. Aujourd’hui, un jour révolu, un jour de défaite, un jour avant le jour du départ, de la fuite, il s’est rappelé en fixant le coin animé du miroir son inadvertance. Il voulut atteindre ton élégance monsieur. Il a quitté son cirque pour te retrouver, avait honte des décors naïfs de sa roulotte, s’est perdu en route. Tu as vu ses pensées villageoises, ses limites, tu l’as ignoré. Il ne t’en veut pas, il te veut encore et encore, toujours, un jour il t’aura ou te violera. Il était échassier, tu étais instruis, drôle, fortuné, d’un charme discret. Bref, magnifique. Mais tu ne pouvais atteindre sa cheville, ses tiges étaient longues, très longues. Elles étaient aussi fragiles, humides, faites de corail, il était comme tous les gens de la mer gracieux, con et généreux. Il savait que tu es près de tes sous comme tous les vieux mais il t’aimait quand même. Il était chichement informé sur ton monde, il ne voulait pas faire cet effort, en contre partie il acceptait, sourire au coin des lèvres, ton avarice. Il était con, il croyait que les hommes étaient comme les éléments de la mer. Il s’engloutissait timidement mais surement entre tes cuisses, sous ton menton et dans quelques autres territoires charnus. Il pensait pour deux êtres, rochers et vagues s’écrasant en douceur. Aucun cérémonial ne précède la rencontre des éléments de la mer, aucune socialité ne devait précéder un vestibule noirci par des cigarettes intellectuelles surpris par une langue indisciplinée. L’Homme perché sur ses échassiers de corail était ambitieux en amour et peu soucieux de son avenir, de son image… il a cessé de planifier une descendance digne, une retraite paisible au bord de la mer, il voulait d’abord avancer sur les rivages de tes bras, de ton buste fier, caché par des couches de vêtements sobres. Il devinait un buste hérissé de poils, certains étaient gris, d’autres se rappellent encore de la vigueur des doigts endiablés de passion. Il s’est promis de les arracher, effacer leurs souvenirs, reconstruire la mémoire désirante des peaux bien garnies…[cornescorchees­]

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Le tantale sur échassiers de corail